Un retraité face aux punaises de lit et une quinzaine de désinfections sans résultat

Christian Soulié, 72 ans, a subi une quinzaine de désinfections sans résultat. Il dort sur un lit de camp au salon et estime avoir perdu plus de 12’000 francs en meubles et vêtements jetés.

Par Maude Benoit

Christian Soulié, 72 ans, dans son appartement de Vevey quasi vide, avec un lit d’appoint, victime d’une infestation de puces de lit depuis 5 ans.
Depuis cinq ans, Christian Soulié vit dans un appartement infesté de punaises de lit. Plus de trois entreprises différentes sont déjà intervenues à environ quinze reprises.Florian Cella / Tamedia

En bref:

  • Un retraité de 72 ans subit depuis cinq ans une infestation persistante de punaises de lit.
  • Christian Soulié dort sur un lit de camp au salon, ayant jeté lits et meubles plusieurs fois.
  • La régie Gerofinance affirme avoir proposé quatre relogements, tous refusés par le locataire.

Cela fait deux ans qu’il n’a pas remis les pieds dans sa chambre à coucher. Christian Soulié évite cette pièce comme la peste, ou plutôt comme les punaises de lit qui ne cessent d’infester son logement sur les hauts de Vevey. Au milieu de la pièce, le retraité de 72 ans montre avec résignation quelques meubles et habits qui attendent d’être jetés. «Je ne fais plus rien dans cet appartement. Après chaque désinfection, je ne remets plus rien en place», lâche-t-il, visiblement épuisé.

En cinq ans, il dit avoir subi une quinzaine d’interventions – sachant qu’il faut généralement compter deux passages pour venir à bout des bestioles. Trois entreprises s’y sont attelées, parfois avec des chiens. «La dernière m’a même demandé de me débarrasser de tous mes vêtements, tant l’infestation était généralisée», se désole-t-il.

Christian Soulié, 72 ans, montre son appartement quasi vide à Vevey, ravagé par une infestation de puces de lit depuis 5 ans.
Il n’avait pas remis les pieds dans sa chambre à coucher depuis deux ans. Entre les désinfections, il ne remet plus les meubles en place.Florian Cella / Tamedia

Envahi de punaises de lit

En attendant, il vit un véritable calvaire. Après avoir jeté à plusieurs reprises lits, sommiers, matelas, linge de maison et canapés, il a cessé d’acheter quoi que ce soit. Ses affaires personnelles, qui auraient dû prendre place dans des commodes et des armoires, s’entassent désormais sur le mobilier restant. Selon ses estimations, ces infestations lui ont déjà coûté entre 12’000 et 15’000 francs. Depuis deux ans, cet ancien gérant de dépôt dort sur un lit de camp installé au milieu du salon, sous une simple couverture rose. «J’ai tellement tué de punaises dans ma chambre à coucher que le mur était devenu un cimetière. En dormant au salon, je pensais avoir moins de piqûres, mais elles vont où il y a à manger.»

Chaque désinfection n’apporte aucun soulagement. Seulement un court répit, suivi d’un retour des piqûres. Il n’a qu’un souhait: quitter cet appartement, choisi autrefois pour son loyer modeste et sa vue sur le Léman. Or, avec une petite retraite, quelques prestations sociales et des dettes, il peine à trouver un nouveau logement.

Christian Soulié, 72 ans, dans son appartement de Vevey vidé de ses meubles, avec un lit de camp visible, victime d’infestations de puces de lit depuis 5 ans.
Faute de rangements suffisants, ses effets personnels sont entassés dans ses sacs.Florian Cella / Tamedia

En pleine tractation pour un nouveau logement

En novembre 2025, une décision de la Commission préfectorale de conciliation – qui régit les litiges de bail – a enjoint sa régie de le reloger d’urgence avant le 15 janvier 2026. À ce jour, la mesure n’a pas été appliquée. La gérance lui a bien proposé quatre logements, mais Christian Soulié les a refusés, les jugeant inadaptés. Les parties discutent d’une indemnité et une nouvelle séance de conciliation est annoncée, confirme Gerofinance – Régie du Rhône.

La gérance précise que, sur les 20 appartements qu’elle gère dans la résidence, des punaises ont été détectées dans trois logements. L’un est assaini, un autre en voie de l’être, et les traitements se poursuivent dans le troisième. S’agissant de l’appartement de Christian Soulié, la régie parle d’une dizaine d’interventions, toutes prises en charge.

La régie affirme encore «prendre ce cas très au sérieux et comprend les désagréments que le locataire subit au quotidien». Elle dit mettre tout en œuvre pour lui garantir des conditions de logement saines et rappelle que les punaises de lit constituent un problème particulièrement complexe à gérer.

Dans ses démarches, Christian Soulié a également contacté l’Asloca. Selon l’Association suisse des locataires, qui se fonde sur le droit du bail (art. 256 CO), les punaises de lit constituent un défaut grave du logement. Si le locataire doit rapidement prévenir sa gérance, il n’est en principe pas responsable de l’infestation, sauf si le bailleur prouve qu’il en est à l’origine. Les frais de désinfestation incombent donc au propriétaire. Selon les circonstances, le locataire peut aussi faire valoir ses droits, notamment une réduction de loyer ou des dommages-intérêts. L’association rappelle enfin que «les punaises de lit ne sont pas liées à un manque d’hygiène et peuvent toucher n’importe quel logement».

Espoir d’un nouveau logement

Dans cet appartement dépourvu de confort, Christian Soulié passe le moins de temps possible. Après le café du matin, il sort marcher. Dès la fin du repas de midi, ce grand amateur de pétanque file jouer en plein air. Une activité entravée depuis quelques mois, car il rencontre des problèmes de santé. Sa vue a baissé, l’empêchant de pratiquer son sport favori. Un coup dur pour sa vie sociale, déjà bien limitée: impossible de recevoir des proches dans son appartement dans ces conditions.

Et même pour jeter ses meubles et ses habits, cela pose problème. «J’avais amené certains meubles à la déchetterie, mais j’ai dû les reprendre. Comme ils étaient en bon état, il y avait le risque que des personnes les récupèrent et soient à leur tour infestées.»

Christian Soulié, 72 ans, devant la porte de son appartement à Vevey, victime d’une infestation de puces de lit depuis 5 ans.
Christian Soulié, 72 ans, n’a qu’un souhait: déménager au plus vite et vivre sa vie tranquillement.Florian Cella / Tamedia

Les jours de désinfection, Christian Soulié doit quitter son domicile pendant six heures. Pendant ce temps, son chat Lucia – Loulou, comme il l’appelle – doit rester sur le balcon. Tous les recoins de l’appartement sont aspergés de produits chimiques. «Tous mes disques durs sont fichus, les petites bêtes s’infiltrent même dedans. On m’a dit qu’il fallait compter entre 500 et 4000 francs pour récupérer les données. Je n’ai pas l’argent pour ça», raconte-t-il.

À son dernier retour, du liquide coulait encore le long des poutres. Et l’inhalation répétée de ces produits semble avoir commencé à attaquer son système respiratoire: son médecin le lui a récemment appris alors qu’il consultait pour des essoufflements inexpliqués.

Dans les moindres de ses déplacements, les punaises le suivent: «Je n’ose plus amener mon chat chez le vétérinaire. Le vétérinaire m’a dit que les punaises de lit n’allaient pas sur les animaux. Mais je ne cesse de me demander: et si elle en a? C’est un enfer.» Son seul souhait: trouver un nouvel appartement «pour y finir ma vie tranquillement».

Comment se prémunir des punaises de lit?

Personne n’est à l’abri de voir son appartement être infesté de ces punaises de lit. Contrairement à des idées reçues, leur présence n’est pas une question de manque d’hygiène. Elle résulte plutôt de la multiplication des voyages autour du globe et de leur meilleure résistance aux insecticides. Ces petits insectes plats de la taille d’un pépin de pommes sont de couleur brunâtre. Actifs la nuit, ils se cachent de la lumière. Ces bestioles ne transmettent pas de maladie à l’homme, mais se nourrissent de sang en provoquant des piqûres désagréables semblables à celles des moustiques.

Punaise de lit morte en gros plan dans un laboratoire de l’Université des sciences de Malaisie (USM) à Penang, le 8 octobre 2025.
Punaise de lit morte dans un laboratoire de l’Université des sciences de Malaisie, le 8 octobre 2025.AFP

Maintenant que la carte d’identité de ces punaises a été dressée, comment s’en prémunir? Souvent rapportées dans les bagages, elles exigent une vigilance particulière dans les hôtels et locations de vacances. Ne posez pas vos affaires sur le lit et inspectez les sommiers et matelas: cherchez ces petites bêtes, mais surtout des traces d’excréments ou de sang. Évitez de ranger vos affaires dans les armoires et laissez plutôt votre valise dans la salle de bains. Petite astuce: privilégiez des bagages clairs pour mieux repérer leur présence. Au retour, videz la valise dehors ou sur le balcon. Lavez les vêtements à 60 °C ou mettez-les quelques jours au congélateur. Cette technique s’applique également aux vêtements de seconde main. Et n’oubliez pas d’inspecter les meubles ou objets d’occasion avant leur achat.

Malgré ces précautions, si vous observez des piqûres ou des taches rouge brun sur la literie, matelas et sommiers, c’est que vous en avez peut-être chez vous. Autant vous prévenir, s’en débarrasser est difficile. Coriace, un individu peut vivre jusqu’à deux ans et tenir un an sans se nourrir.

Appelez immédiatement des professionnels. Si vous êtes locataire, prévenez la gérance et gardez une trace écrite. Un technicien, éventuellement accompagné d’un chien renifleur, évaluera la situation avant de proposer un devis. Les traitements les plus courants sont les insecticides professionnels ou le traitement technique par chaleur. En parallèle, lavez les textiles à 60 °C ou congelez-les. Attention, les insecticides en spray ne suffisent pas et peuvent même entraîner leur dissémination.

Pour jeter des objets infestés, emballez-les hermétiquement dans un sac plastique, puis scellez-le avec du ruban adhésif. Apportez le tout à la déchetterie, en apposant une pancarte pour indiquer la contamination aux punaises de lit.