Le Frelon revient chaque année malgré les dispositifs mis en place.

Sans prédateur, l’espèce invasive revient chaque année plus nombreuse malgré les dispositifs mis en place.

Par Pierre Durand-Gratian

Rouen. Frelons asiatiques : l'inexorable prolifération du nuisible
Si les nids embryonnaires ou primaires ne sont pas détruits au printemps, les nids secondaires atteignent des tailles impressionnantes dès l’été.

« Aujourd’hui, c’est presque la moitié de mes interventions », indique Louis Lair, le gérant de la société Allô la guêpe dans l’agglomération de Rouen, spécialisée dans la régulation d’insectes. En 2011, au lancement de sa société, on ne voyait presque pas de frelons asiatiques en Normandie. Ces interventions étaient marginales les années suivantes. Mais depuis, les dispositifs mis en place pour lutter contre cette espèce invasive, sans prédateur, n’ont fait que freiner légèrement sa prolifération. Depuis 2018, une plateforme de signalement est en place, frelonasiatique76.fr, gérée notamment par le Groupement de défense sanitaire contre les maladies des animaux (GDMA) de Seine-Maritime. « Il est malheureusement bien installé désormais », indique Christophe Savoye, le directeur du GDMA. La présence du nuisible varie d’une année sur l’autre, en fonction de certains paramètres météo, mais la courbe sur plusieurs années est en forte croissance. « 2025 a été catastrophique », confirme Christophe Savoye, qui dénombre 5 262 nids détruits en Seine-Maritime sur l’année, un record. A titre de comparaison, il n’y en a eu que 3 024 en 2024 et 2 419 en 2021. L’augmentation est donc de 117% en seulement quatre ans.

Un prédateur redoutable pour les abeilles

Le frelon asiatique n’est pas vraiment dangereux pour l’homme, sa piqûre n’est en fait pas plus violente que celle d’une guêpe. Mais c’est un prédateur redoutable, notamment pour les insectes pollinisateurs, les abeilles en tête. Il est donc le cauchemar des apiculteurs. Sa prolifération sans fin est aussi potentiellement une menace pour la reproduction des plantes.

Comment lutter ?

Le Département de Seine-Maritime finance à 30% les frais de destruction des nids de frelons asiatiques. Les métropoles du Havre et de Rouen participent aussi à ce financement, le frelon étant adepte de la ville où la nourriture est abondante. La période actuelle du printemps est cruciale dans la lutte contre le frelon asiatique. Les reines, qui ont passé l’hiver à l’abri, sortent de leur sommeil pour constituer à cette époque des nids embryonnaires, pas plus gros qu’une mandarine. C’est là qu’elles vont pondre pour donner naissance aux premières ouvrières. « Il faut vraiment apprendre à repérer ces nids et ne pas les détruire soi-même », prévient Louis Lair. Car si vous détruisez le nid sans la reine, elle reprendra son œuvre un peu plus loin.

Le printemps, période cruciale de la lutte

Une gouttière, un camion, un abri de jardin, un grenier, un arbre peuvent servir de support à ce nid embryonnaire, souvent à hauteur d’homme. Si la reine est tuée, la colonie n’ira pas constituer durant l’été son nid secondaire (voir photo), beaucoup plus important, moins accessible, souvent très haut dans les arbres, et pouvant accueillir jusqu’à 6 000 individus. Autant de prédateurs pour les insectes pollinisateurs. « Les destructions de colonies d’abeilles ont été importantes l’an passé en Seine-Maritime », alerte Christophe Savoye, qui note quand même que le ratio entre la destruction de nids primaires et de nids secondaires est bon. 3 210 nids sur 5 262 détruits en 2025 étaient des nids primaires, soit plus de la moitié.

Des pièges sélectifs pour capturer les reines

Nouveauté en 2026, le GDMA encourage le piégeage des reines. Des pièges sélectifs, conçus pour ne capturer que les reines, ont été mis à disposition des apiculteurs, pour appuyer la lutte. « Ça fonctionne, c’est la grande mode mais il faut avoir une chance incroyable pour attraper une reine fécondée », note de son côté le gérant d’Allô la guêpe. La destruction systématique des nids est en tout cas primordiale. Un nid secondaire peut potentiellement produire une dizaine de reines qui vont hiberner pour mieux revenir le printemps suivant.

Que faire si vous repérez un nid ?